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Conférence canadienne en santé mondiale 2026 – De l’engagement à l’action : comment faire vivre l’équité en santé mondiale?

 

Du 16 au 18 octobre 2026, la Conférence canadienne sur la santé mondiale (CCSM) réunira à Montréal les différentes parties prenantes de la santé mondiale autour d’un thème qui résonne particulièrement avec le contexte actuel : Reconquérir collectivement l’équité en santé mondiale : restaurer l’engagement à l’action dans un monde fragmenté et incertain.

À quelques jours de ce grand rendez-vous, l’USI propose une réflexion sur ce que signifie, concrètement, reconquérir collectivement l’équité en santé mondiale.

Un contexte qui oblige à réinterroger la manière d’agir

Fragmentation de la gouvernance mondiale de la santé, diminution des ressources, multiplication des crises, pressions sur les systèmes de santé : le constat posé par la CCSM 2026 est celui d’un monde profondément fragilisé. Améliorer l’accès aux soins ou réduire les inégalités doivent, pour réussir, tenir compte des rapports de pouvoir, des priorités des populations concernées, des capacités des systèmes existants ou encore les réalités des différents contextes d’intervention.

Reconquérir l’équité implique aussi de s’interroger sur la manière dont les projets sont conçus, gouvernés et mis en œuvre, mais aussi sur la place accordée aux institutions, aux communautés et aux partenaires qui les portent.

Une première approche privilégiée par l’USI consiste à renforcer les systèmes existants afin de favoriser des changements durables. Dans cette perspective, l’USI travaille en étroite collaboration avec les ministères, les établissements de santé, les universités, les organisations de la société civile et les communautés, en s’appuyant sur les capacités existantes et en tenant compte des priorités.

La co-construction est aussi centrale : les solutions sont plus adaptées lorsqu’elles sont élaborées avec les personnes qui connaissent les réalités locales et qui seront ensuite directement impliquées dans leur mise en œuvre. Le niveau d’engagement et d’appropriation est également plus grand.

Enfin, favoriser l’équité passe aussi par la prise en compte de différentes formes de savoirs : les données probantes, l’expertise, l'expérience et les connaissances locales.

André-Paul Vénor « Nous savons par la pratique de la santé mondiale et par les données de la recherche que les interventions les plus porteuses en santé mondiale ne sont pas celles conçues pour les communautés à partir de notre seule expertise, mais celles construites avec les personnes directement concernées. Ces partenaires sont bien réels : autorités de santé, professionnels, institutions de formation et de recherche, organisations locales et communautés dans toute leur diversité. La co-construction exige du temps, de l’écoute, de l’humilité et la reconnaissance que ces acteurs et actrices détiennent une expertise irremplaçable de leurs réalités, contraintes et priorités. Les partenariats deviennent alors des espaces d’apprentissage mutuel où chacun contribue et progresse. Cette réciprocité favorise une collaboration plus équitable, respectueuse et transformatrice, au service du renforcement de systèmes de santé et de communautés résilients, capables de mieux faire face aux crises sanitaires. C’est précisément ce que nous expérimentons avec les partenaires de l’est de la RDC dans le projet TUMAINI, où l’adaptabilité, guidée par les connaissances du terrain, est essentielle pour répondre aux méfaits de la guerre civile, dont les déplacements de populations, les ruptures d’approvisionnement, ainsi qu’aux conditions climatiques difficiles. » André-Paul Vénor, coordonnateur principal, USI.

 

Des systèmes de santé résilients

Cette approche est particulièrement importante lorsque les systèmes de santé sont confrontés à des crises politiques, économiques, sanitaires ou climatiques. La résilience ne consiste pas uniquement à maintenir des services de santé, elle suppose aussi de préserver leur accessibilité et leur qualité pour les populations les plus vulnérables.

C’est précisément l’un des enjeux explorés dans le projet Ma santé, mes droits / Sante mwen, dwa mwen / Mi Salud, Mis Derechos, mis en œuvre en Colombie, au Guatemala et en Haïti. Ce projet de sept ans, mis en oeuvre par l'USI, Avocats sans frontières Canada et le CECI, vise à améliorer l’accès aux services et aux droits en santé sexuelle et reproductive, en particulier pour les femmes, les adolescentes et les personnes en situation de vulnérabilité. Le projet bénéficie de l'appui financier du Canada par l'entremise d'Affaires mondiales Canada.

Lors de la CCSM, Marie Dorey, responsable de suivi-évaluation du projet « Ma santé mes droits » à l'USI abordera cette approche à travers la présentation orale « Renforcer la résilience, l’équité et la sensibilité au genre des systèmes de santé en santé sexuelle et reproductive : approche d’un projet multipays en Colombie, au Guatemala et en Haïti ».

Marie Dorey « La Colombie, le Guatemala et Haïti font face à des enjeux communs en santé sexuelle et reproductive, notamment une mortalité maternelle élevée, des grossesses chez les adolescentes et des violences basées sur le genre, dans des contextes pourtant très différents. Le défi consiste à mettre en œuvre un projet structuré autour d'une théorie du changement commune, sans le fragmenter en trois projets distincts ni imposer un modèle uniforme qui ne répondrait pas aux besoins des populations. Le suivi-évaluation est essentiel à cet équilibre : conformément à la gestion axée sur les résultats requise par Affaires mondiales Canada, il permet d'ajuster les activités aux besoins réels des populations. La capacité d'adaptation du projet est elle-même une illustration de cette résilience. En Colombie, par exemple, la collecte de la ligne de base a ainsi été reportée à la suite du tremblement de terre qui a touché les régions où le projet est implanté. L'approche holistique du consortium, qui intègre les composantes santé, communautaire et droits, vise une jouissance plus équitable de la santé et des droits sexuels et reproductifs des femmes, des adolescentes et des enfants, en particulier celles en situation de vulnérabilité ou de marginalité. » Marie Dorey, responsable du suivi-évaluation du projet « Ma santé, mes droits », USI.

 

Produire des connaissances ne suffit pas : il faut créer les conditions de leur utilisation

Le troisième sous-thème de la CCSM, « Des données probantes à l’impact », soulève une autre question fondamentale : comment faire en sorte que les connaissances produites puissent réellement conduire à des actions concrètes?

Cette question est au cœur de l’ancrage universitaire de l’USI. Rattachée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, l’USI évolue à l'intersection de la recherche, la formation et l'intervention. Cet ancrage lui permet de mobiliser des expertises scientifiques, mais aussi de produire et d’analyser des données issues des projets, d’accompagner leur suivi et leur évaluation et de favoriser le transfert des connaissances.

Muriel Mac-Seing « Les chercheur.e.s excellent à générer de nouvelles connaissances et à produire des données probantes; les praticien.ne.s, à mettre en œuvre des interventions dans les communautés; et les décideur.e.s, à instaurer, ou non, les politiques et normes retenues, selon leur propre temporalité. L'arrimage entre les données probantes et l'action exige donc une stratégie fine, ancrée dans les contextes et les réalités des communautés, tout en identifiant les conditions favorables pour saisir les fenêtres d'opportunité politiques et sociales. Savoir comment transformer les données probantes en actions afin de réduire les iniquités sociales en santé mondiale est l'un des objectifs centraux de la CCSM à Montréal. » Muriel Mac-Seing, coprésidente de la CCSM 2026 et professeure adjointe, École de santé publique, chercheuse associée à l’USI, Université de Montréal.

 Reconquérir collectivement

Dans un contexte où les ressources se raréfient et que les besoins augmentent, aucun établissement universitaire, gouvernement, organisme de coopération internationale ou organisation communautaire ne peut répondre seul aux enjeux de santé mondiale. Faire progresser l’équité nécessite de croiser les connaissances, les expériences et les capacités d’action, mais aussi de construire des partenariats dans lesquels les responsabilités, les apprentissages et les décisions sont davantage partagés.

C’est dans cet esprit que l’USI participera à la CCSM 2026 : pour partager les enseignements issus de ses interventions, apprendre d’autres expériences et contribuer à une réflexion collective sur les moyens de transformer les engagements envers l’équité en changements concrets et durables.